Jours 83 à 86 : Jaisalmer, une ville dorée dans le désert du Thar

Du 25 au 28 novembre 2011

Le trajet entre Udaipur et Jaisalmer ne fut pas des plus reposant ! A la base, on devait prendre un bus soi-disant « direct » départ 21h30, arrivée 9h le lendemain, nous permettant de dormir tranquillement et d’arriver le lendemain matin… ça semblait plutôt bien parti, sur le papier en tout cas ! Sauf que les choses ne se passent pas toujours comme prévu et que ce trajet s’est quelque peu transformé en calvaire : nous commençons par découvrir notre bus (un vieux tacot poussiéreux et crade… mais ça, on y est habitué maintenant !) et notre chauffeur (un déchainé qui roule comme un taré)… nous nous installons sur nos couchettes, et le bus se met en route. Le chauffeur roule vraiment n’importe comment, résultat des courses : le bus tombe en panne une heure plus tard en pleine nuit et au milieu de nul part. La panne semble sérieuse et le chauffeur nous demande de récupérer nos affaires et de descendre car le bus ne repartira pas… ça commence bien ! Par chance, un autre bus qui passait par-là nous récupère, sauf que ce bus est déjà bien rempli et nous tentons tant bien que mal de trouver deux places. Le nouveau chauffeur nous attribue les deux couchettes tout au fond du bus, celles qui sont juste au-dessus des roues, autant dire que nous ne sommes pas prêts de nous endormir vu l’état de la route ! Nous faisons des bonds de 20cm de haut lorsque le bus passe dans les nombreux trous et bossent qui jalonnent la route… Autour de 2h du matin, l’épuisement nous gagne et nous finissons par tomber dans un demi-sommeil, bien que réveillés fréquemment par les secousses. Nous sommes de nouveau réveillés à 5h du mat’ par quelqu’un qui tambourine à la fenêtre de notre couchette : nous comprenons que le bus direct s’est transformé en bus indirect (comme par hasard ^^). Il est 5h du mat, nous sommes à Jodhpur et le bus nous dépose là en pleine nuit, devant le store fermé d’une agence de voyage, avant de repartir en trombe… nous patientons que l’agence ouvre car apparemment, ce sont eux qui sont censés gérer la suite de notre voyage. Le gars arrive quelques minutes plus tard et nous demande nos billets de bus. Pas de chance, c’est le type du 1er bus qui les a gardés ! Il nous répond que sans nos billets, il ne peut rien faire pour nous ( ??)… ! Heureusement, nous ne sommes pas seuls dans ce cas car cinq autres personnes attendent comme nous. Nous insistons tous pour qu’il fasse quelque chose mais il n’a pas l’air décidé à nous aider. Après l’insistance, on passe au degré supérieur : la colère ! On en a marre d’être pris pour des andouilles ! Et comme nous sommes plusieurs, le mec a l’air de comprendre qu’on ne se laissera pas faire et finit par attraper le combiné de son téléphone et a passé un coup de fil. Il parvient comme par magie à nous trouver 7 places dans un bus pour Jaisalmer, comme quoi, ça paie parfois de s’énerver même si on n’aime pas trop en arriver là. Il nous explique que nous n’aurons que des sièges car les couchettes sont déjà occupées… très bien ! On est plus à ça près. On s’entasse avec les sacs dans un rickshaw afin de rejoindre la gare routière et montons à bord de notre 3ème bus. La route redevient potable et nous tombons rapidement dans un profond sommeil, avant d’arriver 5 heures plus tard à Jaisalmer… après quelques mésaventures m’enfin, le principal c’est d’être arrivé !

Jaisalmer est une jolie petite ville surmontée par un fort qui ressemble à un château de cartes, et située en plein cœur du désert du Thar, à l’extrême sud-ouest du Rajasthan. Nous nous dirigeons vers une guesthouse, y déposons nos affaires, prenons une douche et montons sur le toit-terrasse pour manger un morceau. Nous papotons avec deux espagnoles qui sont là depuis quelques jours, tout en admirant la vue sur le fort qui domine la ville. Pendant ce temps, le gars de la guesthouse cherche à tout prix de nous vendre un safari dans le désert du Thar, mais ce qu’il nous propose est hors de prix : 1300 Rs par jour et par personne, autant dire le double de ce qu’on peut trouver en ville ! Nous filons donc en ville pour faire le tour des agences qui organisent des safaris, en visitons plusieurs avant de faire connaissance avec le populaire M. Désert ! Contrairement aux autres, M. Désert ne harcèle pas les gens et se contente de rester tranquillement assis derrière son bureau en attendant que ce soit les clients qui viennent à lui. Il nous propose un safari de 2 jours / 1 nuit à dos de dromadaire, à 700 Rs par jour et par personne, et nous dit que nous pouvons partir dès demain si on le souhaite. Nous avons un bon feeling avec ce monsieur aux yeux bleus et au turban coloré, qui porte parfaitement son surnom de M. Désert. Nous nous inscrivons donc pour le safari qu’il nous propose, départ le lendemain matin !

Le fort de Jaisalmer, dont les couleurs lui valent le surnom de “ville dorée”

Après une bonne nuit de sommeil, nous sommes fin prêt pour partir en safari. Nous rejoignons M. Désert à son agence et faisons connaissance avec les deux filles qui partiront avec nous : deux australiennes (Georgia et Chureeka) qui ont l’air très sympas. M. Désert commence par nous raconter son histoire : il y a une vingtaine d’années, il a été repéré par des photographes qui ont commencé à faire des photos de lui puis il a participé à un concours à Jaisalmer qui lui a valu le titre de « M. Désert » (d’où son surnom). Ayant remporté à plusieurs reprises ce concours, le titre de M. Désert lui a été attribué à vie ! Des photos de lui sont affichées un peu partout dans son agence, le regard fier sur son dromadaire, avec sa longue tenue blanche d’homme du désert et son turban coloré, sur fond de dunes dorées… plutôt classe ! Après ça, nous montons à bord de la jeep qui doit nous conduire jusqu’au point de départ de notre safari, à une trentaine de kilomètres là. Nous sortons progressivement des sentiers battus, empruntons une petite piste et ne tardons pas à découvrir nos dromadaires qui attendent patiemment notre arrivée.

Nous faisons connaissance avec notre chamelier, « Mister Abdullah » et ses deux acolytes (deux jeunes garçons de 15 et 16 ans qui viennent lui filer un coup de main pendant le week-end). Ce sont eux qui nous guideront à travers le désert ! Les dromadaires sont chargés de couvertures pour le soir, de cartons de nourriture et de bouteilles d’eau pour ces deux jours. Nous enjambons nos dromadaires et commençons la ballade. Au début, le désert ressemble plus à une immense terre aride sur laquelle pousse uniquement quelques bosquets broussailleux. Il y a encore pas mal de vie sauvage : papillons, oiseaux et même des fleurs. Nous croisons quelques gazelles et des petits scarabés du désert trop mignon, qui manquent de se faire écrabouiller sous les grosses pattes des dromadaires. Plus nous avançons, plus nous commençons à voir apparaître les dunes de sable. Aux alentours de midi, nous nous arrêtons pour une pause déjeuner à l’ombre avant de poursuivre la ballade.

Début du safari

Pause déjeuner dans le désert

En milieu d’après-midi, lorsque la chaleur est redescendue d’un cran, nous repartons à nouveau. Les dromadaires avancent paisiblement, à leur rythme, en se dandinant dans le sable, on serait presque tenté de faire un petit somme, surtout à l’heure de la digestion ! Ces grosses bestioles apprécient particulièrement aller se gratter dans les feuilles des arbres afin que les nombreux moustiques qui leur recouvrent le museau s’envolent… et dans ces cas-là, impossible de les diriger ! Les dromadaires, malgré leur air nonchalant, sont des animaux têtus et lorsqu’ils ont décidé d’aller quelque part, impossible de les faire changer d’avis. Nous nous retrouvons donc à tour de rôle dans les branches des arbres, sous le regard amusé de M. Abdullah et de ses deux acolytes (eux ne semblent pas avoir ce problème… bizarre ^^). En fin d’après-midi, nous apercevons les dunes de sable au milieu desquelles nous passerons la nuit. Nous descendons de nos chameaux et pendant que M. Abdullah aidé des jeunes garçons installent le campement, nous faisons un tour sur les dunes de sable pour voir le coucher du soleil… c’est vraiment superbe ! Nous sommes là au milieu du désert au fin fond de l’Inde à observer le coucher du soleil … ça parait presque irréel… Les dunes sont ondulées par le vent, et éclairées par une jolie lumière dorée du soleil couchant, on se croirait dans un mini-sahara !

Une fois le soleil couché, la température chute rapidement. Nous rejoignons donc le campement et nous serrons tous autour du feu avant de déguster le repas préparé par M. Abdullah. Celui-ci étant un grand fan de chanson, ils nous demandent qu’on lui chante des chansons de nos pays, tandis que lui nous chantent les chansons du désert. Il est ravi d’entendre des chansons françaises et il nous enregistre sur son téléphone portable pour pouvoir les apprendre plus facilement. Nous passons vraiment une soirée unique et inoubliable tous ensemble ! Après ça, nous rejoignons nos couchages, installés à même le sable et regardons le ciel étoilé, c’est magnifique ! On essaie de retrouver les constellations que nous connaissons (genre la Grande Ours, les trucs faciles quoi !) mais pas évident car les étoiles ne sont pas du tout « rangées » pareil dans le ciel indien !! Nous finissons par nous endormir à la belle étoile, au milieu des dunes, bien au chaud sous nos couvertures…

Nous sommes réveillés à 7h30 du mat’ par M. Abdullah qui nous dit que le soleil est en train de se lever. Effectivement, nous apercevons l’auréole rouge du soleil à travers le voile nuageux. Nous nous levons avec le soleil, nous avons plutôt bien dormi à la belle étoile sous nos couvertures, on a même presque pas eu froid. Nous prenons notre petit dej’ (œufs durs, toast-confiture et bananes) et rangeons le campement. Avant de repartir, nous retournons faire un rapide petit tour dans les dunes… puis nous enjambons à nouveau nos dromadaires et c’est reparti ! C’est bon maintenant, on gère le dromadaire, on fait même du « galot » avec (enfin, du galot de dromadaire quoi !)… même si au bout de 5 min, on en peut plus, faut dire que nos popotins ne sont pas trop habitués à ça.

Nous traversons des champs, des terres arides, des dunes de sables,… telle une caravane du désert. De temps à autre, nous croisons quelques personnes, des habitants du désert sortis de nulle part. On se demande de quoi vivent ces gens, ils sont vraiment coupés du monde et vivent dans des conditions plutôt hostiles. D’ailleurs, ça se voit sur leur visage, ils ont les traits tirés et la peau abimée par le soleil. Mais pour autant, ils sont ravis de voir un peu de monde passer sur leur terre ! Nous faisons une petite halte dans un village et rencontrons trois femmes qui portent chacune un bébé dans les bras. Les enfants sont effrayés lorsqu’ils nous voient arriver … trop bizarre ! Les femmes portent d’énormes bijoux dans le nex, les oreilles, autour du cou et des poignets. Elles font parties des ethnies qu’on ne rencontre que dans le désert. Nous tentons d’échanger quelques mots avec elles mais bien entendu, elles ne parlent pas anglais. Heureusement, Chureeka parlent quelques mots d’hindi ce qui facilitera un peu les choses. Nous ne garderons que des souvenirs cérébraux de ces rencontres car elles n’ont pas souhaité se faire prendre en photo.

Un petit village du désert…

Après la pause déjeuner, nous prenons le chemin du retour et retrouvons la jeep qui nous a déposé la veille. C’est presque étrange de revoir une voiture et une route, ces deux jours dans le désert nous aurons vraiment coupé du monde « réel »… mais ça fait du bien ! Nous aurons vu encore un nouveau visage de l’Inde. Nous remercions Mister Abdullah et ses deux acolytes, disons aurevoir à nos chameau et nous dirigeons vers la jeep. Le chauffeur de la jeep nous fait comprendre que nos 3 camel drivers attendent « un petit quelque chose » de notre part… effectivement, comme partout en Inde, le bakchich est de mise aussi dans le désert ! Puis nous repartons en direction de Jaisalmer, le soleil est de nouveau en train de se coucher créant une jolie lumière dorée sur ces étendues désertiques, nous sommes tous bien silencieux dans la voiture !

Arrivés à Jaisalmer, nous galérons à trouver une guesthouse ! Faut dire qu’il est déjà tard et que nous sommes assez exigeants sur les prix : on ne veut pas payer plus de 150 Rs, prix que nous avions payé lors de notre première nuit ici. Après s’être fait balader à droite à gauche par quelques indiens qui prétendaient avoir une chambre dans nos prix (bien entendu, ce n’était pas le cas), nous finissons à trouver quelque chose par nous-même : la chambre est minuscule et la salle de bain commune est crade mais ça fera bien l’affaire pour une seule nuit et puis l’avantage, c’est que c’est à deux pas du fort.

Le lendemain, nous parons visiter le fort de Jaisalmer. Nous nous baladons dans le dédale d’étroites ruelles à l’intérieur du fort, visitons un ensemble de temples jaïns dont les sculptures en bois sont vraiment extrêmement minutieuses. Nous approchons des remparts du fort d’où nous avons une belle vue d’ensemble sur la ville située aux confins du désert.

Balade dans les ruelles du fort de Jaisalmer…

En chemin, je m’arrête pour me faire faire du henné sur la main par une petite dame rencontrée dans la rue et qui me proposait de me lire les lignes de la main. Etant donné que je ne crois pas trop à tous ces trucs, j’ai refusé et elle m’a proposé de me faire du henné. Ca faisait un petit moment que j’avais envie de tester alors ma foi, banco ! J’ai accepté, et me voilà partie pour une séance de henné. Nous en profitons aussi pour faire quelques achats car il y a des tas de boutiques qui vendent de grandes tentures tissés et colorés, typiques du Rajasthan. Pour éviter que ça nous encombre pendant tout le voyage, on les enverra en France par la poste.

En fin d’après-midi, nous prenons la direction de la gare routière pour prendre nos bus pour Ahmedabad. Malgré la mauvaise expérience du bus de nuit que nous avons eu, on a quand même décidé de retenter l’expérience. Cette fois-ci, le gars nous a promis que la route était meilleure et que le bus était direct, ma foi, on verra bien. Nous patientons que le bus arrive tout en discutant avec un jeune indien qui fait ses études à Amhedabad. Le bus arrive, nous montrons nos tickets au gars qui semble être le « responsable » (même s’il a l’air complètement dépassé par les évènements) et lui demandons si nous pouvons mettre les sacs dans la soute. Il nous montre l’arrière du bus en nous disant « backside, backside ! »… on se dirige donc vers l’arrière du bus, un autre indien nous ouvre la soute, nous y déposons nos sacs, et là le mec nous réclame de l’argent… mais pourquoi ? Parce qu’il avait bien voulu nous ouvrir la soute pour qu’on y mette nos sacs !! Bon, on commence à être habitué, et on veut bien être sympa, comprendre que les bakchichs font partie de la culture en Inde, mais là quand même, on avait un peu l’impression d’être pris pour des pigeons ! Alors on lui a dit que c’était très gentil de sa part de nous avoir ouvert la soute, mais qu’on ne lui donnerait pas d’argent… c’est bien aussi de rendre service sans rien attendre en retour ! Mais visiblement, les indiens ne voient pas toujours les choses sous cet angle, surtout quand ils ont affaire aux touristes… c’est parfois un peu pénible d’être pris pour des portes-monnaie sur pattes, mais ça fait partie du jeu !

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