Jours 298 à 300 : Ascension du Huayna Potosi, un sommet à plus de 6000m !

Du 28 au 30 juin 2012

Jour 1 : entrainement avec crampons et piolets et nuit au refuge (4700m)

Nous partons de bonne heure dans les rues de La Paz avec nos sacs sur le dos, dans lesquels nous avons pris soin de mettre toutes nos affaires chaudes. Aujourd’hui est un jour particulier pour nous : nous allons tenter de grimper au sommet d’une des montagnes dela CordilleraRealqui culmine à plus de 6000m (6088m très précisément), le Huayna Potosi. C’est un des trek que nous voulions absolument réaliser depuis le début de notre voyage, et l’ascension à une telle altitude reste quelque chose que nous n’avons encore jamais réalisé. Notre « record » reste le passage du col de Thorung La Pass au Népal à 5416m. Le point particulier de cette ascension est qu’il nous faudra marcher avec crampons et piolets. C’est une grande première pour moi, tandis que Nico a déjà marché avec tous ces engins. C’est donc un peu anxieux que nous nous rendons au point de rdv, devant notre agence, pour essayer le matériel. L’agence par laquelle nous passons pour réaliser l’ascension nous prête tout le nécessaire : sur-pantalon imperméable, crampons, piolets, grosses moufles rembourrées, et bottes comme pour marcher sur la lune !

Essayage du matériel

Nous chargeons tout ça dans nos sacs (tiens, le poids du sac a légèrement augmenté du coup…), nous faisons rapidement connaissance avec un des guides et avec les trois autres personnes qui réaliseront l’ascension avec nous (trois danois d’à peu près notre âge, très sympas) et nous voilà partis ! Nous arrivons au camp de base (à 4700m) en fin de matinée, déposons nos affaires au refuge, avalons un bon repas chaud, puis nous nous équipons avant de partir pour une session d’entrainement sur un glacier.

Arrivée au premier refuge, à 4700m d’altitude !

Le Huayna Potosi… notre cible !

Durant cette session d’entrainement, le guide nous apprend à nous servir de notre matériel, crampons et piolets principalement, car pour la plupart des personnes du groupe (tout comme moi d’ailleurs) c’est la toute première fois que nous allons nous en servir. Il nous fait escalader des petites pentes faciles, en montée, puis en descente, en nous expliquant plusieurs techniques. Pour le moment, rien de bien compliqué, espérons que ce ne soit pas plus difficile lorsque nous marcherons sur la « vraie grosse montagne », celle qu’on voit de loin tout là haut !

 

Ensuite, le guide nous fait faire un exercice un peu plus technique : l’escalade d’un mur de glace ! Là tout de suite, les choses se compliquent un peu. Nous sommes encordés et nous devons nous servir des crampons et des deux piolets pour parvenir au sommet du mur de glace… ça me rappelle des souvenirs de mes cours d’escalade qui datent du collège. Mine de rien, ça demande un gros effort physique (pour les muscles des bras notamment), surtout quand on est pas habitué à ce genre d’exercice. Je donne toutes mes forces pour grimper tant que je peux, j’arrive à peu près au trois quarts du mur avant de renoncer à aller plus haut. Je préfère garder mes forces pour demain ! Et puis le guide nous rassure en nous disant que nous n’aurons pas besoin de faire de l’escalade sur glace pour grimper au sommet du Huayna Potosi, que c’était juste pour nous faire une initiation… me voilà soulagée !

Nico en train d’escalader le mur de glace…

De retour au refuge, nous allumons un bon feu de cheminée et jouons avec les deux jeunes enfants qui vivent dans le refuge (âgés de 5 et 7 ans) qui sont adorables. Nous en profitons pour papoter un peu plus avec nos copains danois qui feront l’ascension avec nous. Ils sont en mission humanitaire en Bolivie depuis plus d’un an, dans la région de Sucre, et sont vraiment très sympas. Après ça, nous montons nous coucher dans notre petite chambre glaciale, nous nous enroulons dans nos duvets en espérant ne pas avoir trop froid cette nuit… Dès demain, les choses sérieuses vont commencer !

Soirée au coin du feu

Avec les enfants du refuge

 

Jour 2 : montée jusqu’au camp de base (5300 m)

Finalement, nous n’avons pas eu trop froid cette nuit et avons plutôt bien dormi malgré l’altitude. Un peu mal à la tête pour moi au réveil, mais rien de bien méchant et puis ça passera assez vite. Nous avalons un bon petit dej avant de faire un tour autour du refuge tout en admirant notre cible, qui parait bien loin vue d’ici !

En début d’après-midi, nous nous équipons pour réaliser la première partie de l’ascension qui consiste à rejoindre le camp de base, situé à 5300m d’altitude. Nous y passerons la nuit avant de tenter l’ascension finale dès le lendemain. Nous chargeons tout le matériel dans nos sacs, qui pèse bien lourd sur les épaules. Pour la première partie de la marche, nous n’avons pas besoin de nos crampons ni piolets car nous marchons sur un sentier sans neige. 500m de dénivelé nous attendent avant de parvenir au camp de base, ce qui représente environ 3 heures de marche (sachant qu’à cette altitude, nous marchons moins vite et faisons régulièrement des pauses). A cette altitude, le mal des montagnes peut frapper à tout moment mais normalement, nous sommes bien acclimatés car cela fait plusieurs semaines que nous séjournons à plus de 3000m. Mais bon… on n’est jamais complètement à l’abri !

P’tite pause !

Les copains danois (Christopher et Sergio)

Une bonne partie de la marche se fait sur un sentier raide qui serpente dans les pierriers, c’est plutôt ingrat ! Nous finissons par rejoindre le front de neige, et les guides nous demande de chausser bottes et crampons… tant mieux, voilà qui allègera nos sacs ! Nous voilà donc partis dans la neige, avec tout notre attirail aux pieds ! Ca demande un petit temps d’adaptation pour marcher avec des crampons, déjà parce que les bottes en plastique ressemblent à des chaussures de ski (c’est un peu comme marcher dans la neige avec des chaussures de ski ^^) et puis avec les crampons, il faut écarter un peu plus les pieds si on veut pas se prendre le bout des crampons dans les bas de pantalons… bref, un petit temps d’adaptation mais après hop, c’est parti ! Tout le monde dans le groupe a l’air de s’en sortir à peu près bien, et nous avançons quasiment à la même allure.

Paysage sur le chemin… à couper le souffle !

Notre petit groupe !

Nous finissons par arriver au camp de base, il s’agit en fait d’une toute petite cabane dans la neige, située à 5300m d’altitude ! C’est la première fois que nous allons dormir aussi haut. Nous buvons un bon maté de coca (une infusion à base de coca, connue pour ces vertus en matière d’acclimatation à l’altitude) puis nous nous couvrons car le froid se fait vite ressentir. Les guides nous servent un repas léger à 5h de l’après-midi, tandis que le soleil disparaît derrière la montagne.

Il est environ 6h de l’après-midi lorsque nous nous enroulons dans nos duvets. Nous allons essayer de dormir quelques heures avant d’entamer l’ascension en plein milieu de la nuit. Pour le moment, tout le monde se sent bien, ça devrait le faire…

Au camp de base à 5300m

 

Jour 3 : ascension finale (6088 m) et retour à La Paz

Il est minuit trente lorsque les guides nous réveillent tout doucement… nous avons dormi quelques heures à peine car à cette altitude, l’organisme a du mal à s’adapter. La digestion est longue et le sommeil perturbé. J’ai du dormir 4 ou 5 heures maxi d’un sommeil léger, et Nico encore un peu moins… mais bizarrement, le lever n’est pas si dur ! Comme si le corps nous disait : « allez les enfants, faut y aller, on se reposera plus tard ! » alors même si le réveil est très matinal, on se sent quand même en forme. Nous nous efforçons d’avaler un petit déjeuner léger histoire de prendre des forces et surtout, nous nous hydratons bien. Nous nous habillons chaudement (collant, sur-pantalon, gants en laine et grosse paire de moufles rembourrées, bonnet, deux paires de chaussettes, etc…) car la température extérieure doit facilement atteindre les -15°… on se croirait un peu dans la pub pour Petit Bateau ^^ ! Nous chaussons les crampons et il est deux heures du matin lorsque nous sortons dans la nuit, éclairés par la lumière de nos lampes frontales. Le guide nous encorde : nous sommes deux par cordée, le guide devant pour nous tracer le chemin. Pour l’instant, le froid ne se fait pas trop ressentir, nous sommes bien emmitouflés dans nos vêtements et dès que nous commençons à grimper, les muscles se réchauffent. Il nous faudra parcourir près de 800m de dénivelé à l’aide de nos crampons et piolets avant d’atteindre le sommet… la route est longue !

Le guide fait régulièrement des pauses durant lesquels d’autres petits groupes nous rejoignent. Nous avançons en tête et ça me stress un peu car j’ai l’impression de trainer et de ralentir les cordées derrière nous… mais bon, comme dit Nico, pas de stress, on avance à son rythme et si les autres veulent aller plus vite, ils n’ont qu’à nous doubler ! Dès que nous nous arrêtons, les muscles se refroidissent très rapidement, et le froid nous engourdit le bout des pieds et des mains. Du coup, les pauses sont courtes, 5 ou 10min grand max histoire de boire une gorgée de thé chaud ou de grignoter un morceau de chocolat et ensuite, c’est reparti !

La trace pour grimper au sommet n’est pas très difficile, mais on distingue parfois dans le noir de grosses crevasses profondes… pas très rassurant ! C’est là qu’on se dit qu’on fait entièrement confiance à notre guide pour qu’il nous mène au sommet. La demi-journée d’initiation nous sert bien pour marcher avec les crampons sans se fatiguer. Lorsque la trace passe par des endroits plus raides, nous nous aidons du piolet pour grimper plus facilement. Nous avançons pas après pas, effort après effort, inspiration puis expiration, maîtriser son souffle, trouver son rythme, oublier le froid, faire le vide dans son esprit et ne penser qu’à une chose : parvenir au sommet. C’est au retour que nous réaliserons tout le chemin parcouru !

Peu avant d’arriver au sommet, il nous faut affronter une dernière difficulté ! Il s’agit du passage d’une crête vertigineuse, avec le vide de part et d’autres, recouverte de neige glacée dans laquelle nous avons du mal à planter le piolet. La crête ne fait pas plus de 40cm de largeur et notre guide nous prévient, si nous avons le vertige, mieux vaut ne pas tenter le diable ! Glurps, voilà qui ne me rassure pas trop. J’y vais donc à tâtons, sans regarder le vide à côté de moi et en me focalisant sur le sommet qui pointe le bout de son nez juste devant nous… Une fois la crête passée, nous y serons ! Malgré tout, pas facile de prendre sur soi avec la fatigue et le froid, et je reste presque tétanisée sur un passage. Le moindre faut pas peut être dangereux, alors mieux vaut y réfléchir à deux fois ! Finalement, nous parvenons à franchir la crête alors que le jour se lève tout doucement… nous franchissons les derniers mètres qui nous séparent du sommet et à ce moment là on oublie tout, le froid et la fatigue… nous avons réussi ! Nous sommes à 6088m d’altitude !!

Sur la crête…

Depuis le sommet du Huyana Potosi, nous dominons la chaîne dela CordilleraReal, ainsi que ses nombreux sommets accidentés. Nous voyons aussi au loin des milliers de petites lumières jaunes, il s’agit des villes deLa Pazet El Alto qui nous apparaissent comme des fourmilières vues d’ici. Sous la couche de nuage, nous distinguons même les eaux bleus du lac Titicaca… c’est vraiment majestueux ! Pendant ce temps, le soleil se lève, éclairant de ses rayons orangés toute cette immensité qui se trouve en dessous de nous, presque 6000m plus bas. Même encore aujourd’hui, avec plusieurs jours de recul, il est difficile de décrire avec précision la sensation que nous avons eu en arrivant au sommet. Le corps a froid, les muscles ont souffert, mais on veut tellement profiter de ce moment unique ! Compte tenu de la température glaciale et du petit vent qui souffle, nous ne restons pas très longtemps au sommet, juste de quoi faire quelques photos souvenirs et d’admirer le paysage et puis nous voilà repartis pour la redescente. Avec Nico nous sommes d’accord sur une chose, on a l’impression que le court moment passé au sommet était comme un rêve : le corps était là mais l’esprit était ailleurs…

Au sommet du Huayna Potosi, à 6088m…

Avec notre guide

J’appréhendais un peu le passage de la crête à la descente… mais en fait c’est beaucoup plus facile dans ce sens là qu’à la montée ! D’ailleurs, je me demande presque pourquoi j’ai paniqué… Bien entendu, la descente est beaucoup plus rapide que la montée, et nous découvrons autour de nous tout le paysage qui nous entoure : crevasses, congères, séracs… comme pour nous rappeler que la montagne reste reine ! Nous passons à coté d’immenses trous noirs et profonds… ça me rappelle les reportages sur l’alpinisme où je me disais « ils sont fous les mecs de faire des trucs pareils ! », comme quoi !

Après une rapide pause au camp de base pour récupérer nos sacs et notre matériel, nous voilà repartis pour redescendre jusqu’au refuge, à 4700m. Autant dire que la descente est trèèèèès longue ! Ca nous parait une éternité alors que nous allons bien plus vite qu’à la montée. La pression est redescendue et à chaque trébuchement de pas, c’est comme si les muscles nous disait « c’est bon là j’ai donné, faut arrêter maintenant ! ». Une fois en bas, je m’effondre de fatigue, impossible de faire un pas de plus ! Ca tombe bien, nous sommes arrivés au refuge. Un bon repas chaud nous attend avant de reprendre le bus pourLa Paz.Nousregardons le sommet enneigé du Huayna Potosi tandis que le minibus s’éloigne… L’ascension de ce sommet comptera parmi les temps forts de notre voyage, car nous en parlions depuis de nombreux mois. C’était une des choses que nous voulions absolument faire lors de notre séjour en Bolivie (nous qui sommes des amoureux de la montagne) alors malgré les efforts et la fatigue, nous sommes vraiment fiers d’y être arrivé !

La descente en mode survie !

Le mauvais sort du Villarica étant conjuré, Monseigneur Nico pouvait désormais se couper la barbe… (fin de l’histoire).

 

Après avoir réalisé cette ascension, voici nos petites astuces pour ceux qui souhaiteraient se lancer :

Me concernant, je n’avais aucune expérience de l’alpinisme (ou plutôt de l’ « andinisme » pour ne pas froisser les puristes) et je n’avais jamais chaussé les crampons pour marcher sur la glace. Tout ça pour dire que malgré l’altitude, l’ascension de ce sommet reste accessible aux débutants. Le plus important est le mental : il faut savoir prendre sur soi, rester motivé, et ne pas perdre de vue son objectif. Un autre paramètre que personne ne maîtrise : le mal des montagnes. Celui-ci peut frapper à tout moment, et personne n’est à l’abri. Sans parler de mal des montagnes, les effets de l’altitude accroit aussi la sensation de fatigue : digestion plus longue et troubles du sommeil. Le tout est de le savoir et de ne pas paniquer outre mesure à la moindre sensation de fatigue. Dernier détail non négligeable : mieux vaut être bien acclimaté ! Plusieurs jours à plus de 3500m ne sont pas de trop avant de se lancer dans l’ascension. Là encore, en étant bien acclimaté, on accroit ses chances d’arriver au sommet. Et une fois sur le glacier, il ne faut pas se poser trop de questions, il faut foncer ! Car les efforts sont largement récompensés…

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