Jours 312 à 314 : Cordillera de los Frailes… à la rencontre de la communauté Jalq’a

Du 12 au 14 juillet 2012

Nous partons aujourd’hui pour trois jours de marche à travers la Cordillera de los Frailes (aux environs de Sucre), qui abrite de nombreux petits villages isolés et habités par une communauté Jalq’a, spécialisée dans la confection de tissages. Ce trek nous emmènera de Chatuquila au village de Chaunaca en passant par des peintures rupestres vieilles de plusieurs milliers d’années, puis nous rejoindrons le cratère de Maragua, et nous aurons même la possibilité de voir des traces de dinosaures !… Mais avant d’en dire trop, voici le récit de nos aventures dans cette superbe Cordillera :

1er jour : de Chatuquila à Chaunaca, en passant par les peintures rupestres de Pumamachay…

Nous partons de bonne heure avec nos petits sacs sur le dos, et faisons connaissance avec Luis, notre guide pour ces trois jours dansla Cordillerade los Frailes. Nous rejoignons une gare routière « locale » située à quelques km à l’extérieur de la ville : c’est depuis cet endroit que partent les bus locaux pour Chatuquila, point de départ de notre trek. Sauf que voilà, il y a bien un bus, sauf que personne ne sait exactement à quelle heure il part… et puis lorsque le bus est plein, les gens s’entassent avec tout leur bazar dans des « camiones » (gros camions à remorques) et font tout le voyage debout à l’arrière du camion, pas très confortable comme voyage mais malheureusement, ils n’ont pas d’autres moyens pour regagner leur village. Et dire que chez nous, chacun se déplace avec sa voiture personnelle… ici, on est bien loin de ce confort là ! Par chance, il reste encore quatre places libres dans le bus (pour nous 6), du coup Nico et Luis grimperons dans la cabine avec le chauffeur. Inutile de préciser que nous sommes les seuls touristes dans le bus, et heureusement d’ailleurs, car on a déjà un peu l’impression de prendre la place des locaux… Les petits villages dela Cordillerade los Frailes sont accessibles grâce à une piste poussiéreuse qui serpente à travers la montagne. Le bus avance péniblement en soulevant derrière lui de gros nuages de poussière.

Notre petit groupe à la station de bus

Les camions dans lesquels voyagent les gens

Un bus local

Après une bonne heure et demie de piste, le bus nous dépose au milieu de nulle part, à Chatuquila. Ce n’est même pas un village, juste une petite église construite avec des roches de la montagne, et c’est ici que démarre notre trek. Nous commençons par remonter la piste avant de bifurquer sur un petit sentier, et ne tardons pas à découvrir les paysages spectaculaires de cette Cordillera qui s’étendent à plusieurs centaines de mètres sous nos pieds. Malheureusement, le soleil est caché derrière un voile nuageux, et on imagine que ce doit être encore plus magnifique avec un peu plus de lumière, mais tant pis, c’est déjà très beau comme ça !

Après deux heures de marche, nous arrivons à proximité des peintures rupestres de Pumamachay et Tombomachay. Ces peintures sont vieilles de plus de 2000 ans et certaines ont été dessinées par des enfants. Les plus élaborées représentent des bonhommes avec les bras en l’air, un petit bonhomme en train de tirer à l’arc, des grosses fourmis, un calendrier,… mais la signification de certains de ces dessins n’a pas pu être déchiffrée. Par exemple, l’un d’eux peut représenter soit une femme en train d’accoucher, soit une chouette… avec un peu d’imagination, on y arrive ! En tout cas, les peintures sont très bien conservées, à l’abri sur les parois d’une grotte, et c’est incroyable de s’imaginer qu’elles datent de plusieurs milliers d’années ! Elles ont été réalisées à l’aide des pigments colorés présents dans les roches de la montagne.

Une longue descente nous attend pour rejoindre le fond de la vallée. De là, nous traversons plusieurs petits villages et croisons quelques personnes en train de labourer leur champ à l’aide de leurs boeufs ou des gamins qui nous doublent en vélo et se retournent, un peu étonnés de voir des « gringos » sans doute. Le paysage qui nous entoure est fabuleux et cette journée de rando à travers cette région quasiment méconnue nous plait beaucoup… on a un peu l’impression de découvrir tout cela tels des aventuriers.

Après 7h de marche, nous arrivons au petit village de Chaunaca. Pas un seul hotel dans le coin, la seule solution consiste donc à dormir… chez l’habitant ! Heureusement que nous avons Luis avec nous car il parle Qechua et c’est lui qui va arranger tout cela avec les gens du coin. Nous pénétrons à l’intérieur d’une maison, Luis nous fait signe de nous asseoir pendant qu’il va parler avec la dame… il revient quelques minutes plus tard en nous disant que nous pouvons tous dormir là, mais que ce sera très rustique ! Tant mieux, cela nous va parfaitement ! La maison dans laquelle nous logeons est habitée par une vieille dame et une jeune fille chargée de s’occuper de la dame. Dans la petite cour, un fil est suspendu sur lequel des cochons d’inde dépecés sont en train de séché. Un peu plus loin, se trouve un grand terriers rempli de lapins blancs et des cochons d’inde (vivant !).

Tandis que la nuit commence à tomber, nous retournons faire un tour dans le village, qui est vraiment minuscule. Seulement quelques maisons en pisé, une petite église blanche et une école. Il n’y a pas plus d’une vingtaine de familles qui vivent dans le village. A notre retour, Luis nous propose de tester un truc du coin : les cigarettes artisanales ! Celles-ci sont fabriquées uniquement avec du tabac séché, puis enroulées dans du papier à cigarette (sans filtre), et présentées dans des paquets fabriqués avec du papier journal… c’est trop mignon ! On dirait presque des cigarettes en chocolat ! C’est du 100% naturel !

Les cigarettes artisanales

Luis nous avait prévenu, le confort sera rustique ! N’oublions pas que nous logeons chez l’habitant, par conséquent, on se débrouille avec les moyens du bord. Les parents auront deux petits lits en taule rouillée, dans une sorte de grange, au milieu des patates étalées sur le sol, des sacs de paille, des toiles d’arraignée, et des petites souris ! Nico, Damien et moi dormirons dans une autre pièce, sur un matelas étalé à même le sol recouvert de couvertures. La pièce dans laquelle nous dormons est située à l’autre bout d’un champ de maïs labouré, dans lequel une vache est en train de paitre, comme pour nous tenir compagnie. C’est vraiment l’aventure mais franchement, ça nous plait beaucoup !

La chambre des parents

Diner avec Luis

Notre chambre !

 

2ème jour : de Chaunaca à Maragua, un petit village niché dans un cratère…

A 8h30, tout le monde est prêt pour une deuxième journée de marche. Nous disons aurevoir à la gentille dame qui nous a accueilli hier soir et nous revoilà partis ! Nous sortons du petit village de Chaunaca et prenons la direction de Maragua, un autre village niché au fond d’un cratère. Pour le rejoindre, il va donc falloir que nous grimpions les parois du cratère… mais nous n’en sommes pas là ! Par chance, le temps est complètement dégagé aujourd’hui, et le voile nuageux a totalement disparu. Du coup, le paysage nous parait encore plus impressionnant de couleurs et de beauté… nous sommes sous le charme de cette région qui mérite vraiment d’être connue !

Deuxième journée de marche

En chemin, Luis nous montre une étrange formation rocheuse… il s’agit du coeur de la Pachamama. La Pachamama (ou terre-mère) est en fait une sorte de déesse-terre, une croyance à laquelle sont très attachés les Boliviens, mais aussi les Péruviens et les habitants du nord de l’Argentine. Ils accomplissent des sortes de rituels dans leurs gestes quotidiens afin de rendre hommage à la Pachamama : par exemple, avant de boire quelque chose (alcool ou même eau), ils versent quelques gouttent sur le sol, pour la Pachamama !… Revenons-en à nos moutons : du coup, une de ses formations rocheuses surréalistes représente pour les habitants le « coeur de la Pachamama » et durant la saison des pluies, lorsqu’il tombe des trombes d’eau, l’eau qui ruissèle long de la paroi rocheuse se mêle a la terre ocre, et c’est comme si le coeur de la Pachamama versait des larmes de sang… il faut avoir un peu d’imagination, mais nous respectons beaucoup les croyances locales !

Nous nous attaquons ensuite à la bête : l’escalade des parois du cratère pour atteindre le petit village de Maragua, qui a eu la bonne idée de venir se construire au fond du cratère. Ce cratère a vraiment des formes arrondies complètement surréalistes et il est totalement désert : pas l’ombre d’un arbre à l’horizon ! Personne ne connait exactement l’origine de ce cratère : il pourrait s’agit d’un volcan, ou plus fou encore, l’impact d’une météorite ! Quoiqu’il en soit, cet endroit est vraiment hors du commun mais pour le découvrir, une bonne montée nous attend !

Nous arrivons à Maragua bien après l’heure du repas, et la faim commence à nous tirailler l’estomac ! Malheureusement pour nous, le monsieur censé garder les clés des petits cabanes dans lesquelles nous allons dormir semble avoir un peu abusé de l’alcool, résultat des courses : il ne sait plus ce qu’il a fait des clés ! Du coup, en attendant que ce cher monsieur retrouve les clés, nous partons visiter un petit atelir de tissage. En effet, la Cordillera de los Frailes est le berceau de la communauté Jalq’a, qui fabrique de jolis tissages de couleur noir et rouge avec des motifs représentant des animaux qui ont des allures un peu diaboliques. Ces tissages sont fabriqués à la main, selon une méthode ancestrale transmise de mères en filles. Il faut plusieurs mois de travail pour réaliser ces ouvrages, avant de les vendre sur les marchés de Sucre ou de Tarabucco. Nous admirons la dame de 68 ans qui réalise son ouvrage avec beaucoup de dextérité. Malheureusement, ce savoir risque de se perdre dans les années à venir car désormais, les jeunes filles fuient leur village pour partir étudier en ville et n’apprennent plus à réaliser les tissages… un bien pour un mal.

Tissage traditionnel Jalq’a

Un fois installés dans nos cabanes (le monsieur bourré a finalement retrouvé les clés et a chargé son fils de nous les apporter), nous repartons faire un tour à proximité du village. Nous admirons les gens qui travaillent dans les champs et qui sont en train de vanner les graines de trigot. Une fois encore, la méthode utilisée est ancestrale : pour séparer les graines de trigot de la paille, les habitants lancent des petits tas en l’air à l’aide d’une fourche, et avec la force du vent, les graines retombent sur le sol tandis que la paille s’envole un peu plus loin… un travail fatiguant ! Il y en a plusieurs autour du village qui sont en train de réaliser ce travail, et tous le fond par la force des bras, les machines ne sont pas arrivées jusqu’ici !

Travail dans les champs

Luis nous emmène ensuite voir la « garganta del diablo » (gorge du diable), une formation rocheuse qui fait penser à la gueule d’un monstre. Elle est tellement énorme que nous pouvons même grimper à l’intérieur. Bien entendu, une légende existe autour de cette gueule du diable, l’histoire d’une jeune fille venue pleurer son amour impossible à l’intérieur de la gorge.

La gorge du diable

Ensuite, nous cherchons désespéremment le responsable du village. En fait, nous avons décidé de faire un geste envers ses villages de la communauté Jalq’a, et nous avons ramené des cahiers scolaires et de stylos. Nous savons que les fournitures scolaires coutent très cher au parents qui sont obligés de se rendre à Sucre pour les acheter. Cependant, nous ne voulions pas offrir ces cahiers directement aux enfants pour éviter les jalousies, mais aussi parce que nous voulions qu’ils soient bien utilisés. Etant donné que nous sommes en période de vacances scolaires, le maître d’école n’est pas là et l’école est fermée. Notre solution a donc été de confier les fournitures scolaires au responsable du village, pour qu’il les donne à l’école.

3ème jour : de Maragua à Sucre, sur les traces des dinosaures…

Après une bonne nuit de sommeil, nous quittons nos jolies cabanes et reprenons la route. De nouveau, nous devons grimper les parois du cratère pour repasser de l’autre coté. En chemin, nous passons devant la toute nouvelle école flambant neuve, qui a été construite grâce à l’argent du tourisme, car une partie de ce que nous payons pour venir dans ce village (notamment les cabanes dans lesquelles nous avons dormi) revient directement au village et permet de financer des projets comme celui-ci… c’est une forme de tourisme « solidaire » comme on dit !

Un peu plus loin, nous faisons une petite pause dans une maison et le propriétaire se fait une joie de nous jouer un peu de charango, tout en chantant ! Le charango est une toute petite guitare, un instrument de musique typique de l’Amérique du Sud, qui fait des notes plutôt aigues. Après ça, ce sont des traces de dinosaures qui nous attendent ! Vieilles de plusieurs millions d’années, ces grosses bêtes ont laissé leur empreintes de pattes dans le sol, on distingue clairement la forme et on ose à peine s’imaginer la taille de ces bestioles !

Les traces de dinosaure

Malgré l’accueil très chaleureux de certaines personnes, nous traversons des zones dans lesquelles les gens n’aiment pas beaucoup la présence d’étrangers… c’est limite s’ils ne nous chassent pas de leur terre à coups de bâtons ! Luis nous explique que les gens ici ont toujours vécus dans leur monde, un peu coupés de la civilisation, du coup ils ont peur de l’inconnu, et cette peur se traduit par une sorte d’agressivité… étrange manière de réagir mais d’un coté, on ne peut pas leur en vouloir, même si nous ne faisons que passer et que nous n’avons aucune mauvaise intention, nous restons pour eux de simples « étrangers de passage » et ils voient notre présence ici d’un mauvais oeil.

Le trek se termine un peu plus loin, et une voiture vient nous récupérer pour nous reconduire à Sucre. Durant ces trois jours de marche, nous aurons parcouru une trentaine de km à travers des paysages sublimes, et c’est vraiment une région de la Bolivie qui nous a réservé de biens belles surprises. Cette partie du pays n’est pas encore très touristique et on espère que ça ne le deviendra pas trop dans les années à venir… car comme partout, une trop forte affluence touristique a tendance à dénaturer les choses. Nous avons super bien accroché avec Luis, notre guide, avec qui nous avons passé de bons moments et partagé de bonnes rigolades, il fera probablement partie des personnes les plus sympas que nous ayions rencontré en Bolivie. Sur le chemin du retour, nous traversons de nouveau des paysages sublimes, dont une longue gorge aux teintes rouge-ocre qui forme comme un canyon. Nous arrivons à Sucre à la tombée de la nuit, et retrouvons nos affaires qui nous attendent à l’hotel. Après un bon décrassage sous la douche, nous ressortons diner avant de rentrer nous coucher… nous tombons de sommeil !

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